Richard MorassePar Richard Morasse
Résident de Waterloo et président des Ami(e)s
du BassinVersant du Lac Waterloo
richard@morasse.ca

Je ne sais pas pour vous, mais moi je repense souvent au désastre de Lac Mégantic et je trouve Waterloo bien chanceuse d’avoir des pistes cyclables au lieu d’une voie ferrée. Mais sommes-nous vraiment à l’abri d’une catastrophe ? Il existe d’autres types de tragédies moins violentes mais tout aussi sournoises…

Une menace de conflit au Moyen-Orient ou un ouragan près des raffineries de pétrole dans le golfe du Mexique peuvent faire grimper le prix du baril en flèche. On a pu l’observer récemment quand les États-Unis ont menacé d’attaquer la Syrie. 11 n’y a pas encore si longtemps, à Waterloo, comme dans les autres villes du Québec, on s’approvisionnait surtout localement et les métiers traditionnels, comme celui de notre vaillant cordonnier savatier M. André Latour, étaient florissants. Mais avec le pétrole bon marché et la mondialisation, on s’est habitues à acheter des produits étrangers peu coûteux et on est devenus dépendants des importations, et donc plus vulnérables devant une augmentation du prix de l’or noir. Vous imaginez s’il fallait le payer 2$ et plus le litre comme en Europe ? Nos déplacements et la plupart des produits que nous achetons coûteraient plus cher.

Peut-on se préparer à rebondir devant un évènement catastrophique OU une modification soudaine de nos conditions de vie ? On entend de plus en plus parler de cultiver la «résilience » des communautés, au point où c’est en train de devenir le nouveau « buzzword » en développement durable. Mais c’est quoi au juste la résilience ?

Le mot est d’abord apparu pour designer la capacité d’un matériau à reprendre sa forme après avoir subi une déformation. En écologie, la résilience d’un écosystème désigne sa capacité à reprendre son fonctionnement normal après une perturbation. Une communauté, une ville ou une région est résiliente si elle peut s’adapter aux changements brusques ou graduels qui se produisent dans son environnement (physique, économique, sanitaire, etc.).

De plus en plus de chercheurs s’intéressent aux facteurs qui favorisent la résilience dans une société. Mais cultiver la résilience d’une communauté c’est aussi, et surtout, donner l’occasion aux citoyens de s’impliquer dans la vie collective, encourager l’économie locale, connaitre les ressources et les talents présents dans la communauté. et faire d’abord appel à eux, encourager les métiers traditionnels, s’approvisionner localement et avant tout multiplier les occasions de se fréquenter.

Cultiver la résilience de Waterloo, n’est-ce pas un joyeux projet ? Nous avons beaucoup d’atouts, et je crois que nous sommes déjà très bien partis. Ensemble, nous pouvons affronter les pires ennuis et célébrer nos meilleurs succès.

Richard MorassePar Richard Morasse
Résident de Waterloo et président des Ami(e)s
du BassinVersant du Lac Waterloo
richard@morasse.ca

Aucun événement n’aura marqué l’été 2013 plus profondément que le terrible drame qui a frappé la population de Lac Mégantic. Comme tous les Québécois, les membres de l’ABVLW déplorent les trop nombreuses pertes de vie, et nous offrons nos sympathies et notre soutien les plus sincères à tous ceux et celles qui ont été touché(e)s par cette horrible tragédie.

Les citoyen(ne)s de Waterloo ont été fortement ébranlé(e)s par le sort de la malheureuse communauté de Mégantic dont l’histoire s’apparente à la leur. En effet, Waterloo et Mégantic doivent toutes deux leur développement à l’arrivée du train qui a favorisé l’essor de leur industrie locale. L’une et l’autre abritent des lacs qui portent leur nom et qui luttent aujourd’hui pour leur survie à cause de la proximité du chemin de fer…

Dans le cas du lac Waterloo, la pollution a été lente et progressive, tandis que le lac Mégantic a été victime d’un accident soudain et violent dont on n’a pas fini de mesurer les impacts. Le philosophe et statisticien Nassim Nicolas Taleb a donné le nom de « cygne noir » à ce type d’événement peu probable mais dont les conséquences ont une portée exceptionnelle. Pourquoi « cygne noir »? Les Européens ont longtemps cru que tous les cygnes étaient blancs jusqu’au moment où, en Australie, un voyageur en a rencontré un spécimen… tout noir! Taleb aime bien raconter l’histoire de la dinde qui est nourrie tous les jours depuis sa naissance et qui s’attend à bien manger tous les jours jusqu’à sa mort, lorsque soudain arrive le jour de l’Action de grâce… On a commis la même erreur dans le cas du train de MMA, en se disant: « Bien voyons, il n’y a pas de problème, on transporte du pétrole sur ces rails depuis toujours et il n’y a jamais eu d’accident!… » Alors on a attiré un cygne noir en dérèglementant le transport ferroviaire, en négligeant l’entretien de la voie ferrée, en utilisant des wagons-citernes de moindre qualité, en circulant en plein centre-ville avec toutes sortes de matières dangereuses, en ne mettant qu’un seul employé à bord du train, en omettant d’exiger une assurance suffisante pour couvrir les conséquences d’un grave accident, etc. En somme on a fait du « lean management » (gestion minceur) et le cygne noir s’est présenté…

À Waterloo, sommes-nous à l’abri des cygnes noirs? Ils peuvent nous apparaître sous toutes sortes de formes: une crise économique imprévue, une fermeture d’usine, une augmentation soudaine des prix du pétrole ou des matières premières, un événement climatique extrême, une soudaine contamination sévère de l’air ou de l’eau, une épidémie, etc. Ailleurs, on les a vus se manifester sous forme de tornade, d’ouragan, de tsunami, d’irruption volcanique, de tremblement de terre, d’accident maritime, d’empoisonnement alimentaire important (lait en poudre en Chine), d’explosion d’un pipeline (Illinois dans la nuit du 12 au 13 août) ou d’un gazoduc, etc. Comme ils sont hautement imprévisibles, il n’est pas facile de se protéger contre les cygnes noirs. Nous devons d’abord cesser de les attirer, puis tisser un solide filet de bonnes relations au sein de notre population et veiller à bien l’entretenir, je fais référence à notre lac. On appelle ça cultiver la résilience d’une communauté. Je vous en reparle bientôt.

Richard MorassePar Richard Morasse
Résident de Waterloo et président des Ami(e)s
du BassinVersant du Lac Waterloo
richard@morasse.ca

Rassurez-vous, je ne vise personne en particulier mais trois espèces de salamandres qui ont choisi de s’établir avec nous, dans l’écosystème du lac Waterloo. Il s’agit de la salamandre sombre du nord (susceptible), de la salamandre pourpre (vulnérable), et de la salamandre à quatre orteils (susceptible), qui ont besoin d’être protégées. Protéger des bibittes me direz-vous? Imaginez-vous en train d’expliquer ça à un promoteur immobilier! À Boucherville, ils ont réussi à soustraire un boisé au développement en raison de la présence d’une grenouille de 3 centimètres dont c’est l’habitat, la rainette faux-grillon…

Ce qui m’amène à vous parler de biodiversité. De l’importance de chaque être vivant, même le plus humble, dans le tissu que constitue un écosystème et sans lequel tout le réseau pourrait s’effondrer. Je pourrais vous parler de vulnérabilité ou de conservation, mais je préfère vous raconter un fait qui montre bien qu’une intervention humaine ne se fait jamais sans risque dans un système aussi complexe.

Au début des années 1950 le peuple dayak, sur l’île de Bornéo, est décimé par la malaria. Pour tenter d’enrayer cette terrible maladie, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) vaporise de grandes quantités de DDT pour tuer les moustiques responsables de l’épidémie. Comme prévu, les moustiques meurent et la malaria décline. Tout va bien! Les gens reposent à nouveau paisiblement dans leur maison jusqu’à ce que le toit leur tombe sur la tête… pour vrai. En effet, il existe une sorte de guêpe parasite dont les oeufs éclosent sur une petite chenille qui se nourrit de feuilles de palmier. Or, le DDT en tuant les guêpes, accroît la population des chenilles qui dévorent les toits des chaumières. Les habitants ont droit à un réveil brutal! Mais bien pire encore, les insectes empoisonnés au DDT constituent la nourriture des lézards, qui sont à leur tour mangés par les chats. Or, la concentration du contaminant augmente en remontant la chaîne alimentaire, ce qui tue les chats et permet aux rats de se multiplier et d’exercer leurs ravages. Les gens sont alors menacés par une éclosion de peste et de typhus! Vous imaginez? La malaria remplacée par la peste provoquée, bien involontairement, par l’Organisation mondiale de la santé!… Pour faire face à ce nouveau problème, qu’elle a elle-même créé, l’OMS doit recueillir des chats et les parachuter, comme des GI Joe, au-dessus de l’île de Bornéo! Dans les systèmes complexes, ce qu’on appelle généralement des «effets secondaires» ne sont en réalité que les effets directs de nos actions qui sont éloignés dans le temps et dans l’espace.

« Une légende urbaine ça Richard », me direz-vous?… Oh que non! Vous pouvez même lire cette histoire sur le site de l’Association des Anciens de l’Organisation mondiale de la santé http://www.who.int/formerstaff/nt60.pdf page 6).

Morale de l’histoire? Protéger nos salamandres, en assainissant leur habitat par exemple, contribue à la santé de l’écosystème de notre lac et, par conséquent, à la nôtre.

Richard MorassePar Richard Morasse
Résident de Waterloo et président des Ami(e)s
du BassinVersant du Lac Waterloo
richard@morasse.ca

La survie du Lac Waterloo passe par l’étape de caractérisation des sédiments.

Finalement, la ville de Waterloo, la municipalité du Canton de Shefford et les Amis du Bassin Versant du Lac Waterloo (ABVLW) se sont entendus et engagés à compléter l’étape de caractérisation des sédiments du lac, pour mieux cibler les interventions futures nécessaires à la sauvegarde du lac Waterloo et ce, pour le bénéfice des générations futures. Il est important ici de comprendre que nous sommes dans une phase d’urgence et de sauvetage.

Cette étape sera des plus bénéfiques car elle nous permettra d’obtenir des réponses claires et précises sur le contenu et la qualité des sédiments dans le fond du lac, pour qu’ensuite nous puissions  prendre des décisions éclairées et responsables pour l’ensemble de la population de la région.

Bien qu’autrefois considéré comme des déchets, les sédiments dans le fond du lac peuvent nous révéler une valeur marchande si l’on prend bien soin d’en analyser leur composition. Aujourd’hui, nous allons caractériser ces sédiments, ce qui veut tout simplement dire que nous allons en analyser toutes les composantes pour ainsi être en mesure d’en connaitre la valeur .

Nous aimerions bien changer le mot sédiment pour gisement!

Nous entrevoyons  faire une analyse exhaustive, afin de déterminer pour chacune des 25 carottes que nous allons extraire du lac, la composition des sédiments, et ainsi orienter les actions concrètes que nous ferons des différentes composantes de ce gisement qui est enfoui dans le fond de notre lac.
Par exemple, le phosphore, s’il est isolé du reste des autres éléments des sédiments, représente à lui seul une richesse naturelle réutilisable pour les entreprises qui produisent des engrais à jardin. Il en sera de même de l’évaluation de certaines composantes comme le potassium et certaines concentrations de métaux qui seront peut-être exploitables.

Il va s’en dire que l’ABVLW ne regarde pas l’avenir de ce projet comme un problème environnemental, mais bel et bien comme une opportunité de repousser la limite de la conscience collective afin que l’on puisse tirer profit des erreurs du passé qui ont causé ces sédiments.  Il faut donc voir dans cette démarche un projet rassembleur avec un avenir prometteur. Un gros merci à Mario Rodrigue de ta collaboration spéciale.

Protégeons ensemble notre richesse !

Richard MorassePar Richard Morasse
Résident de Waterloo et président des Ami(e)s
du BassinVersant du Lac Waterloo
richard@morasse.ca

Récemment, on a vu que les changements climatiques pouvaient affecter les lacs. C’est important de le savoir car le lac Waterloo est une source d’eau potable pour plus de 66,000 personnes à Granby! Mais comment le réchauffement de la planète peut-il influencer la qualité de l’eau potable?

On reconnaît une eau potable de bonne qualité à sa température agréablement tempérée, à l’absence d’odeur, de goût et de couleur, et à son caractère irréprochable côté hygiène et toxicité. Parmi tous les facteurs associés à la qualité de l’eau des lacs, nul n’a fait autant les manchettes que la prolifération des cyanobactéries. Concentrons-nous donc sur cette problématique pour illustrer quelques impacts des changements climatiques sur la qualité de
l’eau.

Les cyanobactéries font partie de la flore normale des lacs, certaines sont de couleurs rosées, d’autres sont de couleur turquoises, d’autres plus bleues et les nôtres sont plus vertes mais leur présence est limitée par la concentration de nourriture dont elles disposent, notamment le phosphore. Sans cet élément nutritif les cyanobactéries sont incapables de croitre. Les lacs eutrophes, comme des centaines de lac au Québec, dont le lac Waterloo fait parti, leurs offrent un environnement favorable à leur développement. Il en découle des défis à surmonter pour les usines de filtration situées en aval de notre lac et des autres lacs du Québec, dont les filtres bouchés et des caractéristiques spécifiques à atteindre pour les municipalités comme Granby, qui doit livrer une eau potable de qualité à ses 66,000 clients de son usine de filtration…

Et les changements climatiques dans tout ça? L’augmentation de la température des eaux de surface, conséquence directe du réchauffement planétaire fait en sorte que notre masse d’eau dans le lac Waterloo se situe pendant l’été dans une fourchette de 19 à 22 degré C, offrant ainsi une température idéale pour l’accumulation de nourriture pour les plantes aquatiques. La concentration en phosphore dans un plan d’eau dépend essentiellement de deux facteurs : la charge externe, « celle qui coule sur le sol et s’en va vers le lac »*, et la charge interne, « celle qui est emprisonné dans les sédiments et qui est relâché naturellement»* remonte à la surface.

Les orages violents et les précipitations plus abondantes risquent d’accroître la charge externe en lessivant les sols qui sont en pente vers le lac (bassin versant). Par ailleurs, comme on l’a vu dans une chronique précédente, des liquides de densité différente ont tendance à se superposer : le plus chaud et moins dense en surface et le plus froid et plus dense dans le fond; dans un lac, on appelle ça la stratification thermique. Cette condition limite le brassage vertical de l’eau. Dans un lac stratifié, les deux ressources appréciées par les cyanobactéries se retrouvent donc aux deux extrémités de la colonne d’eau : la lumière en surface et la charge interne de phosphore près des sédiments. Or, l’absence de stratification thermique est une particularité du lac Waterloo*, ce qui permet aux vents de brasser l’eau et de mélanger le phosphore dans toute la colonne d’eau Enfin, un dégel hâtif d’un lac causé également par le réchauffement de la planète, offre un environnement propice et ce plus rapidement pour ces phénomènes naturels.

En somme, quand un plan d’eau contient naturellement des organismes de la sorte on doit donc les considérer comme des éléments naturels si leur proportion est adéquate selon la quantité d’eau du lac. Pour ce qui est du lac Waterloo, il y a déséquilibre et c’est à quoi l’ABVLW s’est dévoué depuis des années, afin de donner un coup de main à notre milieu naturel en contrôlant l’arrivée des charges externes vers le lac et en débutant le projet de retirer les charges internes en phosphore qui sont contenues dans les sédiments du plan d’eau. Ces deux actions combinées permettront une remise en état de l’équilibre naturel du lac D’où notre insistance de retirer les sédiments au plus vite et de remettre aux citoyens de Waterloo un plan d’eau agréable et économiquement rentable, mais plus encore une source d’eau potable pour nos voisins de Granby qui est pour eux et restera… Source de vie.

Richard MorassePar Richard Morasse
Résident de Waterloo et président des Ami(e)s
du BassinVersant du Lac Waterloo
richard@morasse.ca

Le problème, c’est qu’ils ne se contentent pas de réchauffer l’atmosphère, ce qui pourrait réjouir plusieurs d’entre vous, mais ils affectent bien d’autres milieux, comme les océans et les lacs. Or, comme nous l’avons déjà vu, un lac est un être vivant et comme tout être vivant qu’on ne peut jamais connaître parfaitement, il nous réserve très souvent des surprises.

Ainsi, les chercheurs du département de biologie de l’université de Lund en Suède (1) ont été surpris de constater que les lacs ne réagissent pas tous de la même façon aux changements du climat; tout dépend de ce qui vit dans le lac. Par exemple, dans un lac sans poisson le réchauffement du climat produit une eau claire et sans poussées d’algues, alors que dans les lacs poissonneux, comme le nôtre, il profite aux poissons qui se nourrissent des petits crustacés qu’on appelle zooplancton. Or, le zooplancton contribue à réguler la population d’algues, alors si les poissons en mangent davantage, les algues ne sont plus mises en échec et on observe une augmentation des floraisons soudaines (blooms). Ce phénomène s’ajoute à l’excès de nutriments qui favorise la prolifération des algues.

En 2010, la prestigieuse revue National Geographic publiait les résultats de la première étude mondiale sur les tendances relatives à la température des lacs. Cette étude, réalisée par des chercheurs de la NASA (2) à partir de données recueillies par des satellites, et d’autres recherches conduites directement sur les sites, ont révélé un autre phénomène surprenant: dans plusieurs cas, la température de l’eau s’élève plus rapidement que celle de l’atmosphère. Cela peut paraître bizarre car vous avez sûrement tous constaté que l’eau du lac au printemps se réchauffe plus lentement que la température de l’air. Alors comment expliquer que certains lacs semblent se réchauffer plus vite que l’atmosphère?

C’est qu’ils intègrent les changements des autres variables climatiques comme la couverture de neige, la présence de glace, les incendies de forêt à proximité, ou l’intensité de l’activité biologique. Ainsi, la température moyenne de l’eau des lacs se réchauffe graduellement tandis que celle de l’air connait d’importantes fluctuations. C’est pourquoi certains scientifiques considèrent de plus en plus les lacs comme de bons baromètres des tendances climatiques. En somme, ils seraient comme les pauvres petits canaris qui servaient à avertir les mineurs des changements néfastes dans leur environnement.

On a vu le mois dernier que le réchauffement climatique peut avoir des effets opposés à deux endroits différents sur la planète (par exemple un réchauffement dans la région du pôle nord et un refroidissement dans l’ouest de l’Europe). De même, on constate que les changements climatiques ont des effets différents sur des écosystèmes différents selon leur contexte. Tous les lacs sont affectés par le réchauffement, mais les effets sont largement dépendants des caractéristiques de chaque plan d’eau. Alors, gare aux généralisations trompeuses, les êtres vivants sont trop complexes pour qu’on puisse appliquer partout les mêmes solutions en espérant les mêmes résultats.

Nous reviendrons sur les liens entre le réchauffement du climat et les écosystèmes lacustres comme celui du lac Waterloo, et sur les meilleures façons de s’adapter.

  1. http://phys.org/news/2012-10-lakes-react-differently-warmer-climate.html
  2. http://www.cbc.ca/news/technology/story/2010/11/24/lakes-warming-climate-change.html

Richard MorassePar Richard Morasse
Résident de Waterloo et président des Ami(e)s
du BassinVersant du Lac Waterloo
richard@morasse.ca

Vous vous souvenez de ma première chronique? Celle où je souhaitais vous voir retomber en amour avec notre lac? C’est pourquoi j’ai tenté par la suite de vous rappeler ce qu’il peut faire pour nous et ce qu’on doit faire pour lui.

J’ai le goût de récidiver et de vous parler maintenant des sentiments que l’on devrait entretenir les uns envers les autres… Saviez-vous que les Grecs avaient trois mots pour désigner l’amour? Éros, Philia et Agapè. Éros, d’où vient le mot « érotique », c’est l’amour dans sa dimension sexuelle. Agapè désigne l’amour dans sa signification mystique ou religieuse. Quant à Philia, c’est le souci de l’autre qui devrait unir tous les citoyens de la planète, incluant ceux de Waterloo. C’est l’amitié, la solidarité, le « ciment » qui tient ensemble une communauté, de la plus petite à la plus grande.

La Philia, c’est la réserve de chaleur humaine, d’élan et de générosité qui nourrit et stimule les sociétés. C’est aussi le sentiment désintéressé qui rend possible de concilier la propriété privée et l’usage en commun ou la gestion collective des ressources. C’est donc la Philia qui était au cœur des recherches d’Elinor Ostrom, lauréate du Prix Nobel d’économie dont j’ai parlé le mois dernier.

J’utilise la Philia pour introduire le concept de « développement durable » (DD). Quand vous entendez cette expression, je suis certain que vous pensez immédiatement à la réduction des gaz à effet de serre, à l’efficacité énergétique, à la gestion des déchets ou à l’adoption de produits « verts ».

Bien que toutes ces actions soient fort souhaitables, elles sont davantage centrées sur la technologie que sur la dimension humaine. Or, un développement ne peut être vraiment durable que s’il est porté par la Philia, c’est-à-dire s’il repose sur la solidarité entre nous ainsi qu’envers nos descendants. C’est pourquoi la commission Brundtland, qui est à l’origine du concept de développement durable, l’a défini comme « un mode de développement qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ». Il comporte trois axes, économique, social et environnemental, auxquels on peut ajouter la dimension culturelle.

Une approche humaniste (centrée sur l’humain) du développement durable doit donc se soucier du bien-être économique des citoyens de Waterloo, mais aussi de la qualité de l’environnement où ils vivent, de la sauvegarde de leur identité collective et de la santé des institutions qu’ils se sont données pour y parvenir. En somme, le développement durable consiste à assurer les conditions essentielles au maintien et à l’épanouissement de la vie et de la dignité humaine. C’est ce dont j’ai l’intention de vous entretenir dans les prochaines chroniques.

Richard MorassePar Richard Morasse
Résident de Waterloo et président des Ami(e)s
du BassinVersant du Lac Waterloo
richard@morasse.ca

Si vous lisez cette chronique, c’est que la fin « du » monde n’a pas eu lieu… Les Mayas étaient-ils dans le champ? Ou peut-être parlaient-ils plutôt de la fin « d’un » monde?

Nous remettons l’administration de nos affaires communes entre les mains de quelques individus; on appelle ça la démocratie « représentative ». Mais quelqu’un a démontré que l’une des meilleures façons de gérer un bien commun est de le faire collectivement, une « façon de faire de la politique autrement » qu’on nomme démocratie « participative ». Et ses recherches lui ont valu un prix Nobel d’économie!

En 2009, Elinor Ostrom est devenue la première, et la seule femme à ce jour, à recevoir la plus prestigieuse récompense accordée à ceux qui s’intéressent à l’économie et à la gouvernance. Il y a plus de 30 ans, elle et son équipe de chercheurs ont réalisé des études dans de nombreux pays, et ils ont constaté que les richesses de la nature, comme un lac par exemple, sont gérées avec plus de précaution quand c’est la communauté qui s’en occupe. Pourtant, la plupart des analystes politiques ne voient que deux façons possibles de gérer le capital naturel: l’administration publique ou l’entreprise privée. Malheureusement, ni l’État ni le marché n’ont été en mesure de prévenir les problèmes liés aux ressources communes qu’on observe un peu partout. Elinor Ostrom a dévoilé une troisième voie: la gestion collective. À ses yeux, les citoyens ne sont pas des « utilisateurs », mais des acteurs qui peuvent trouver eux-mêmes des solutions viables et équitables à des problèmes complexes concernant leurs biens naturels.

L’apport principal d’Elinor Ostrom est d’avoir su identifier et tester les conditions de réussite d’une gestion collective des ressources communautaires. Selon elle, la communication est un facteur essentiel dans le développement des relations de confiance entre les individus. Alors, puisque 54% de la charge en phosphore du lac Waterloo provient des citoyens, nous croyons que c’est en se parlant, en ayant la même compréhension de la situation, en échangeant sur nos valeurs et en adoptant un objectif commun pour la communauté que nous pourrons surmonter les difficultés de gestion propres à notre lac, et élaborer ensemble un système de surveillance et de transparence permettant de contrôler les comportements des différents acteurs.

L’avantage d’une association volontaire comme celle des Ami(e)s du bassin versant du lac Waterloo, est d’informer ses membres sur la condition physique de notre plan d’eau et de favoriser les échanges. En investissant un peu de temps pour assister aux réunions, les membres prennent alors conscience qu’il est possible d’atteindre des objectifs communs grâce à une action volontaire et coopérative dans un climat de confiance.

Les travaux d’Elinor Ostrom auront permis de constater que les écosystèmes et les ressources gérés en commun montrent les plus beaux exemples de durabilité. Or, les villes engagées dans le développement durable attirent des citoyens qui souhaitent vivre dans un environnement moderne et non pollué offrant une belle qualité de vie. C’est là que réside le potentiel de développement de demain. C’est pourquoi je vous invite à vous joindre à l’ABVLW pour qu’ensemble nous préparions l’avenir.

Richard MorassePar Richard Morasse
Résident de Waterloo et président des Ami(e)s
du BassinVersant du Lac Waterloo
richard@morasse.ca

L’année qui s’achève aura été forte en émotions de toutes sortes. Les unes ont été loin d’être agréables: corruption, fraudes, grèves, mises à pied, crise économique, événements climatiques extrêmes, guerres, et j’en passe… Mais il y en a eu aussi de très bonnes. Quoiqu’on en pense, le concert de casseroles à Montréal a montré que les gens ont encore envie de se rassembler pour dire et faire des choses ensemble. Partout dans le monde, il y a eu des manifestations de solidarité, comme si la planète entière retrouvait le goût de la communauté. Ici, à Waterloo, c’est autour du lac qu’on s’est rencontrés et qu’on a profité ensemble de ce que nous avons de plus précieux: le bien être et le futur de notre lac.

Dernièrement, l’amie qui m’initie au développement durable m’a parlé de topophilie. Rassurez-vous, ce n’est pas une nouvelle maladie. Ce mot vient de « topo » qui veut dire « place » et de « philie » qui veut dire « aimer ». C’est un philosophe et chercheur australien, Glen Albrecht, qui a remis ce terme au goût du jour. Ce cousin humain des kangourous s’intéresse à notre rapport à l’environnement et croit que nous possédons tous un inconscient écologique. N’avez-vous pas déjà éprouvé un deuil à la suite de la perte d’un arbre qui vous abritait depuis plusieurs années? Ou de l’assèchement d’un marais où vous alliez, enfant, pourchasser les pauvres grenouilles sans défense? Ou encore de la destruction du paysage où vous avez volé ou reçu votre premier baiser? C’est de ce type de deuil que parlait Dédé Fortin dans sa célèbre chanson  » La rue Principale »:

Albrecht croit que nous pouvons tomber psychologiquement malade quand on détruit notre environnement. Il mène des recherches avec des psychologues de partout dans le monde et leurs résultats semblent confirmer l’existence d’un inconscient écologique.

Il y a un côté positif dans tout ça. Soigner notre lac, s’offrir des écogestes*… c’est s’occuper en même temps de notre santé mentale collective. Fermez-vous les yeux et rappelez-vous les beaux souvenirs associés au lac Waterloo, ou imaginez ceux que vous y récolterez ou y laisserez en héritage dans les prochaines années… Mais prenez garde, vous pourriez ressentir une émotion!…

*Les Ecogestes sont une première étape de la prise de conscience collective, en vue d’inviter tous les acteurs à une meilleure appréciation des enjeux environnementaux.

Je profite de cette fin d’année pour vous remercier de m’avoir accompagné et encouragé dans mes démarches visant à restaurer la vie de notre lac. Ce faisant, j’espère vous avoir fait plaisir et ranimé votre fierté d’appartenir à la communauté de Waterloo.

Passez de Joyeuses Fêtes et amusez-vous bien.

Richard MorassePar Richard Morasse
Résident de Waterloo et président des Ami(e)s
du BassinVersant du Lac Waterloo
richard@morasse.ca

J’ai rencontré récemment un ami que je n’avais pas vu depuis longtemps et ça m’a donné envie de vous faire part de notre conversation.

– Coudonc Richard, c’est quoi ce nouvel intérêt pour ton lac? Es-tu rendu écolo?…

– Oh, c’est depuis qu’on m’a expliqué que notre lac subit un vieillissement prématuré.

– Un vieillissement? Ben voyons Richard, c’est de l’eau et l’eau, ça vieillit pas.

– Un lac, c’est pas un trou d’eau, comme tu dis, mais un écosystème, un être vivant. Et comme tout les autres êtres vivants, il naît, vit et meurt en se transformant peu à peu en marais. Veux-tu savoir comment ça se passe?

– Ben… oui.

– À mesure qu’un lac vieillit, il se remplit peu à peu de sédiments formés par les restes d’organismes vivants, les petites particules de roches et d’autres débris apportés par les cours d’eau qui viennent s’y jeter. Il devient ainsi de moins en moins profond et son fond vaseux, riche en substances nutritives, stimule la croissance des algues et des autres plantes aquatiques. Envahi par les plantes, le lac finit par devenir un marais ou marécage avant de disparaître complètement sous la végétation. Ce processus de vieillissement, que les scientifiques appellent « eutrophisation », se déroule naturellement très lentement.

Malheureusement, les activités humaines peuvent accélérer de beaucoup le processus de vieillissement d’un lac en augmentant les apports de matières nutritives de façon significative. Ces matières proviennent des engrais domestiques (pour pelouses, platebandes, etc.), des engrais agricoles (engrais chimiques, lisiers, etc.), des eaux usées (domestiques, municipales), des détergents et des savons, de la coupe abusive des arbres (sols mis à nu), de l’érosion des rives, des rejets de sites d’enfouissement, des rejets industriels (comme le charbon et les suies à l’époque de l’électricité et du chemin de fer dans les années 1860-1880). Cet excès de substances nutritives, causé par la pollution, peut avoir pour conséquence dramatique d’étouffer le lac.

Quand la couche d’algues de surface épaissit, elle bloque les rayons du soleil. Privées de lumière, les algues du fond meurent. Ces algues mortes sont décomposées par des bactéries qui consomment beaucoup d’oxygène. Sans oxygène, une partie de la faune aquatique meurt et va grossir la quantité de sédiments organiques dans le fond du lac, ce qui a pour effet de multiplier les bactéries. Un cercle vicieux s’est installé.

Quand je pense au plaisir qu’on a eu l’été dernier avec le tour du lac, les cours d’aviron, l’exposition « Un lac oublié », et toutes les autres activités qu’il ne demande qu’à nous offrir, je pense qu’on doit bien à notre lac une petite cure de jouvence afin que nos descendants puissent en profiter eux aussi et nous remercier d’en avoir pris soin. Après tout, si les Canadiens dépensent environ $5,5 milliards par année pour leurs soins personnels, on pourrait bien en laisser un peu pour les soins de notre lac, cet acteur économique si précieux pour la ville et la région de Waterloo…

– Vu comme ça… votre projet est louable sans aucun doute!

Le désir est une chose étrange, plus on s’approche de sa réalisation, plus il croît…