Deux villes, deux trains et un cygne noir…

By 1 septembre 2013Chroniques

Richard MorassePar Richard Morasse
Résident de Waterloo et président des Ami(e)s
du BassinVersant du Lac Waterloo
richard@morasse.ca

Aucun événement n’aura marqué l’été 2013 plus profondément que le terrible drame qui a frappé la population de Lac Mégantic. Comme tous les Québécois, les membres de l’ABVLW déplorent les trop nombreuses pertes de vie, et nous offrons nos sympathies et notre soutien les plus sincères à tous ceux et celles qui ont été touché(e)s par cette horrible tragédie.

Les citoyen(ne)s de Waterloo ont été fortement ébranlé(e)s par le sort de la malheureuse communauté de Mégantic dont l’histoire s’apparente à la leur. En effet, Waterloo et Mégantic doivent toutes deux leur développement à l’arrivée du train qui a favorisé l’essor de leur industrie locale. L’une et l’autre abritent des lacs qui portent leur nom et qui luttent aujourd’hui pour leur survie à cause de la proximité du chemin de fer…

Dans le cas du lac Waterloo, la pollution a été lente et progressive, tandis que le lac Mégantic a été victime d’un accident soudain et violent dont on n’a pas fini de mesurer les impacts. Le philosophe et statisticien Nassim Nicolas Taleb a donné le nom de « cygne noir » à ce type d’événement peu probable mais dont les conséquences ont une portée exceptionnelle. Pourquoi « cygne noir »? Les Européens ont longtemps cru que tous les cygnes étaient blancs jusqu’au moment où, en Australie, un voyageur en a rencontré un spécimen… tout noir! Taleb aime bien raconter l’histoire de la dinde qui est nourrie tous les jours depuis sa naissance et qui s’attend à bien manger tous les jours jusqu’à sa mort, lorsque soudain arrive le jour de l’Action de grâce… On a commis la même erreur dans le cas du train de MMA, en se disant: « Bien voyons, il n’y a pas de problème, on transporte du pétrole sur ces rails depuis toujours et il n’y a jamais eu d’accident!… » Alors on a attiré un cygne noir en dérèglementant le transport ferroviaire, en négligeant l’entretien de la voie ferrée, en utilisant des wagons-citernes de moindre qualité, en circulant en plein centre-ville avec toutes sortes de matières dangereuses, en ne mettant qu’un seul employé à bord du train, en omettant d’exiger une assurance suffisante pour couvrir les conséquences d’un grave accident, etc. En somme on a fait du « lean management » (gestion minceur) et le cygne noir s’est présenté…

À Waterloo, sommes-nous à l’abri des cygnes noirs? Ils peuvent nous apparaître sous toutes sortes de formes: une crise économique imprévue, une fermeture d’usine, une augmentation soudaine des prix du pétrole ou des matières premières, un événement climatique extrême, une soudaine contamination sévère de l’air ou de l’eau, une épidémie, etc. Ailleurs, on les a vus se manifester sous forme de tornade, d’ouragan, de tsunami, d’irruption volcanique, de tremblement de terre, d’accident maritime, d’empoisonnement alimentaire important (lait en poudre en Chine), d’explosion d’un pipeline (Illinois dans la nuit du 12 au 13 août) ou d’un gazoduc, etc. Comme ils sont hautement imprévisibles, il n’est pas facile de se protéger contre les cygnes noirs. Nous devons d’abord cesser de les attirer, puis tisser un solide filet de bonnes relations au sein de notre population et veiller à bien l’entretenir, je fais référence à notre lac. On appelle ça cultiver la résilience d’une communauté. Je vous en reparle bientôt.

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