Notre lac subit un vieillissement prématuré

By 1 octobre 2012Chroniques

Richard MorassePar Richard Morasse
Résident de Waterloo et président des Ami(e)s
du BassinVersant du Lac Waterloo
richard@morasse.ca

J’ai rencontré récemment un ami que je n’avais pas vu depuis longtemps et ça m’a donné envie de vous faire part de notre conversation.

– Coudonc Richard, c’est quoi ce nouvel intérêt pour ton lac? Es-tu rendu écolo?…

– Oh, c’est depuis qu’on m’a expliqué que notre lac subit un vieillissement prématuré.

– Un vieillissement? Ben voyons Richard, c’est de l’eau et l’eau, ça vieillit pas.

– Un lac, c’est pas un trou d’eau, comme tu dis, mais un écosystème, un être vivant. Et comme tout les autres êtres vivants, il naît, vit et meurt en se transformant peu à peu en marais. Veux-tu savoir comment ça se passe?

– Ben… oui.

– À mesure qu’un lac vieillit, il se remplit peu à peu de sédiments formés par les restes d’organismes vivants, les petites particules de roches et d’autres débris apportés par les cours d’eau qui viennent s’y jeter. Il devient ainsi de moins en moins profond et son fond vaseux, riche en substances nutritives, stimule la croissance des algues et des autres plantes aquatiques. Envahi par les plantes, le lac finit par devenir un marais ou marécage avant de disparaître complètement sous la végétation. Ce processus de vieillissement, que les scientifiques appellent « eutrophisation », se déroule naturellement très lentement.

Malheureusement, les activités humaines peuvent accélérer de beaucoup le processus de vieillissement d’un lac en augmentant les apports de matières nutritives de façon significative. Ces matières proviennent des engrais domestiques (pour pelouses, platebandes, etc.), des engrais agricoles (engrais chimiques, lisiers, etc.), des eaux usées (domestiques, municipales), des détergents et des savons, de la coupe abusive des arbres (sols mis à nu), de l’érosion des rives, des rejets de sites d’enfouissement, des rejets industriels (comme le charbon et les suies à l’époque de l’électricité et du chemin de fer dans les années 1860-1880). Cet excès de substances nutritives, causé par la pollution, peut avoir pour conséquence dramatique d’étouffer le lac.

Quand la couche d’algues de surface épaissit, elle bloque les rayons du soleil. Privées de lumière, les algues du fond meurent. Ces algues mortes sont décomposées par des bactéries qui consomment beaucoup d’oxygène. Sans oxygène, une partie de la faune aquatique meurt et va grossir la quantité de sédiments organiques dans le fond du lac, ce qui a pour effet de multiplier les bactéries. Un cercle vicieux s’est installé.

Quand je pense au plaisir qu’on a eu l’été dernier avec le tour du lac, les cours d’aviron, l’exposition « Un lac oublié », et toutes les autres activités qu’il ne demande qu’à nous offrir, je pense qu’on doit bien à notre lac une petite cure de jouvence afin que nos descendants puissent en profiter eux aussi et nous remercier d’en avoir pris soin. Après tout, si les Canadiens dépensent environ $5,5 milliards par année pour leurs soins personnels, on pourrait bien en laisser un peu pour les soins de notre lac, cet acteur économique si précieux pour la ville et la région de Waterloo…

– Vu comme ça… votre projet est louable sans aucun doute!

Le désir est une chose étrange, plus on s’approche de sa réalisation, plus il croît…

Leave a Reply